• De tous temps, l'économie a fait partie des sociétés humaines. Sa place est naturelle. Nous n'avons pas de prise sur son développement. D'ailleurs, le marché satisfait tous nos besoins... Vraiment ?
    Karl Polanyi bat en brèche cette « légende ». Depuis le XIXe siècle, l'omniprésence du marché et, par conséquence, de l'industrie et de la technique, n'a cessé de croître. « L'Ère de la machine » a vu cet ensemble s'étendre à toutes les sphères de nos existences. Elle nous impose ses valeurs et son fonctionnement.
    Polanyi plaide pour une refondation de notre rapport à l'économie afin d'en retrouver le contrôle. Il affirme la nécessité de nouveaux principes directeurs. C'est à cette seule condition que nous pourrons nous extraire d'un engrenage qui ne peut mener qu'au totalitarisme.

  • La Grande Transformation est un bel exemple de ce qu'on appelle un « classique contemporain ». À sa parution en 1983, l'ouvrage est lu et reçu comme une étude d'an thropologie. Vingt ans après, c'est désormais LA référence de tous les courants qui souhaitent penser une alternative au libéralisme économique.

  • Penseur majeur de l´économie de marché et historien du libéralisme, Karl Polanyi reste l´un des rares théoriciens capables de nous aider à comprendre la nature du libéralisme en économie et à reconnaître les limites actuelles de nos démocraties. La Subsistance de l´homme - ouvrage inachevé paru aux États-Unis en 1977, et enfin disponible en français - prolonge et complète son oeuvre magistrale, La Grande Transformation. Polanyi y formulait une critique de l´utopie libérale du XIXe siècle à l´origine du mouvement social d´autoprotection, de l´« État providence », aujourd´hui encore fortement menacé.
    En prenant le parti d´analyser la subsistance de l´homme sur une très longue période historique, Polanyi offre ici une interprétation originale de la nature et des racines de l´économisme contemporain. L´économie des sociétés primitives, de la vieille Babylone, de l´Égypte ancienne et du royaume du Dahomey au XVIIIe siècle permet de repenser l´universalité et la spécificité des relations sociales et des modes d´« encastrement » de l´économie au sein de la société.
    Dans la Grèce antique, le commerce extérieur, les usages de la monnaie et l´émergence de marchés à l´échelle locale ou méditerranéenne sont autant d´exemples où l´échange était subordonné à la réciprocité et à la redistribution et où l´économie était étroitement liée au politique.
    Derrière ce travail de recherche, exigeant et exceptionnel, se déploie l´une des grandes pensées humanistes du XXe siècle, aujourd´hui indispensable pour desserrer l´emprise que la logique libérale exerce sur notre représentation de l´économie et du monde.

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  • L'ouvrage qui vaut à polanyi une renommée mondiale (la grande transformation, paru en 1944) ne fut traduit en français qu'en 1983, signe (et cause aussi) d'une trop longue négligence pour un auteur désormais reconnu pour son apport incontestable aux sciences humaines et sociales.
    Juste retour du balancier, ce relatif oublia laissé la place à une attention croissante. ce regain d'intérêt est d'autant plus fondé que la pensée de polanyi est d'une étonnante actualité. ii est en effet le penseur par excellence de la "société de marché" et de la crise à laquelle s'expose une société où la logique de l'économie marchande en vient à dominer toutes les sphères de l'activité humaine.
    Actuel, polanyi l'est encore par sa conception d'un socialisme radicalement démocratique censé accomplir l'idéal moderne de liberté, par le poids qu'il accorde à la culture et aux institutions dans l'analyse des systèmes économiques, par sa méthode pluridisciplinaire et par tant d'autres traits qui en font une référence aujourd'hui incontournable dans toutes les sciences sociales. ces textes (pour la plupart inédits en français) offrent un panorama de la pensée de polanyi.
    On y trouvera bien sûr des clefs pour accéder au coeur de la grille d'analyse proposée dans la grande transformation, mais aussi un outil rassemblant l'essentiel des contributions de polanyi à l'anthropologie économique, à l'étude comparée des systèmes économiques, à la philosophie politique, à l'analyse des systèmes et des idéologies qui s'affrontèrent au xxe siècle (socialisme, communisme, fascisme, nazisme).

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  • Publié en 1957, Trade and Market in Early Empires figure l'aboutissement d'un programme de recherches, l'Interdisciplinary Columbia Project dont Polanyi est la figure marquante. Polanyi est en fait l'inspirateur et l'architecte de cet ouvrage. Nombre de textes de ce volume sont des mémoires universitaires qu'il a fortement encadrés. Le titre de cette traduction française de 1975 reflète bien le structuralo-marxisme de cette période. Mais, la primauté accordée au « système » et le déni du marché caractérise un air d'un temps révolu.
    Pour situer l'enjeu de Trade and Market, il faut le relier à la thèse, qui a fait connaître Polanyi, telle qu'elle est développée dans The Great Transformation : la volonté de créer, au XIXe siècle, un « grand marché » autorégulateur exprime une mutation de l'ordre culturel occidental qui, désormais, prétend réduire la terre, le travail et la monnaie à autant de marchandises. Cette idée est largement utopique car, aux premiers mouvements de construction de ces marchés, répondent des « contre-mouvements » de « protection sociale ». Un double mouvement caractérise ainsi la société libérale. Le fascisme ou le New Deal apparaissent comme l'aboutissement catastrophique ou heureux de cette dialectique qui travaille la société de marché. La Grande Transformation et l'essentiel des Essais de Karl Polanyi (Seuil, 2008) mettent donc en exergue le processus de constitution du capitalisme et les différentes réponses historiques apportées à ce bouleversement inédit de la place du marché dans la société.
    L'ambition de Trade et Market est complémentaire : il s'agit de mettre en évidence les structures et le fonctionnement des économies primitives et archaïques. La subsistance de l'homme, récemment traduit par Flammarion, et qui est une recollection de textes écrits entre la fin des années 1940 et 1951, avait esquissé ce projet théorique en prenant comme aire d'application la Grèce classique et hellénistique. Un tel travail ne peut être fait avec autant d'efficacité aujourd'hui par l'économie dominante, même teintée de « coûts de transaction », parce qu'elle est paralysée par le concept normatif de marché auto-régulateur.
    Les travaux empiriques de Trade and Market sont enchâssées dans une vision théorique globale, que développe Polanyi et ses élèves (notamment Pearson) : les mondes non-capitalistes contenaient des marchés clairement subordonnés à d'autres modes sociaux d'intégration de l'économie, ce qui les plaçaient sous l'influence décisive des comportements socioéconomiques de réciprocité ou de redistribution.
    L'intérêt de cette vision prend tout sens au-delà même des sociétés du passé dont l'étude a été le prétexte. Ce n'est pas un hasard si l'économie sociale et solidaire trouve dans le « substantivisme » une référence fondatrice. Quant à une alternative « éco-socialiste » pour le XXIe siècle, elle ne peut que se nourrir d'une théorisation qui implique que les structures économiques ne soient pas, par principe, abandonnées à l'errance de l'auto-régulation marchande de la société. Commentant ce livre, Richard Swedberg, écrit : « Certains travaux récents de sociologie économique ont assez correctement indiqué la pertinence de la pensée de Polanyi dans l'analyse de l'économie actuelle », au-delà même des réflexions d'anthropologie et d'histoire économique. Oui, la sociologie économique, discipline, très vivante aujourd'hui, conteste l'empire de la science économique orthodoxe sur ses propres terres ; ses acquis sont cruciaux pour repenser autrement les rapports entre marché et société que dans les termes d'une domination de celle-ci par celui-là.

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  • Professeur à columbia, frère du célèbre épistémologue, karl polanyi est un représentant caractéristique du milieu d'europe centrale qui a produit max weber, schumpeter, wittgenstein, popper, carnap.
    Il appartient à cette génération d'intellectuels européens qui se sont sentis acculés à répondre au défi que le phénomène national-socialiste lançait à leurs valeurs et à s'expliquer avec la maladie de leur temps.
    La " grande transformation ", c'est ce qui est arrivé au monde à travers la grande crise économique et politique des années 1930-1945 : c'est-à-dire, polanyi s'emploie à le montrer, la mort du libéralisme économique.

    Or ce libéralisme, apparu un siècle plus tôt avec la révolution industrielle, était une puissante innovation, un cas unique dont l'explication, contrairement à ce que soutiennent les marxistes, ne vaut que pour cette société même : une société oú le marché autorégulateur, jusque-là élément secondaire de la vie économique, s'est rendu indépendant des autres fonctions.
    L'innovation consistait essentiellement dans un mode de pensée.
    Pour la première fois, on se représentait une sorte particulière de phénomènes sociaux, les phénomènes économiques, comme séparés et constituant à eux seuls un système distinct auquel tout le reste du social devait être soumis. on avait désocialisé l'économie, et ce que la grande crise des années trente imposa au monde, c'est une re-socialisation de l'économie.
    La source de l'originalité de polanyi est d'avoir regardé la société moderne ou l'économie dite libérale à la lumière des sociétés non modernes et en contraste avec elles.
    C'est ce qui fait, comme le montre louis dumont dans son importante préface, que ses analyses ont pu être appliquées et discutées dans les domaines les plus divers - de l'océanie à la grèce en passant par l'afrique - et survivre à l'époque déjà lointaine de la parution de l'ouvrage (1944) pour nourrir aujourd'hui la réflexion de tous ceux qui, anthropologues, économistes et historiens, s'interrogent sur la spécificité de notre société moderne.

  • L'importante mobilisation intellectuelle des penseurs radicaux alentour du projet de Marx a produit une floraison d'«interprétations» et de «contributions» dans tous les domaines de la connaissance des faits sociétaux. Sans dénier l'importance historique de ces apports à la connaissance, la question reste encore ouverte : l'oeuvre de Marx et de ses continuateurs constitue-t-elle une rupture épistémologique radicale avec la pensée «dominante» ?

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