• S'il ne faisait que me plaire, j'hésiterais à parler de Char. Je voudrais parler de Char exactement. Et c'est parce que je crois que je commence à pouvoir rendre compte de mon admiration que je parle de lui.
    Ma rencontre avec la poésie vivante d'un poète vivant fut une révélation, voire une initiation. Je sus brusquement que la poésie pouvait être vécue autrement que je ne l'avais fait jusque-là.
    « La poésie de Char changea ma façon de lire », écrit Mounin dans la dernière préface (1991) à son livre. On comprend pourquoi que ses analyses changent, au-delà de l'éclaircissement de la poésie de Char, notre manière de lire toute littérature.
    Ce recueil, le premier consacré à René Char, est paru pour la première fois en 1946. Il fut à l'origine une série de lettres que le jeune militant communiste et résistant écrit au poète surréaliste et résistant entre 1938 et 1945.
    Nous avons complété cette quatrième édition par six textes que le linguiste Georges Mounin avait consacrés à Char.
    Linguiste, Louis Leboucher, dit « Georges Mounin » (1910-1993), fut aussi militant communiste et résistant. Lorsqu'en 1963 il entre à l'université d'Aix-en-Provence, il est déjà l'auteur de plusieurs centaines d'articles dans des revues aussi variées que Les Cahiers du contre-enseignement prolétarien, Les Lettres françaises et La Vie ouvrière. Son travail de critique de poésie débute en 1946 avec cet ouvrage, publié chez Gallimard.

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  • « Cette analyse suppose des instruments d'investigation : l'étude d'itinéraires, la mise en lumière de générations et l'observation de structures de sociabilité » (J.-F. Sirinelli).

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  • Loin des incantations thaumaturgiques, il a paru utile d'esquisser l'image modeste et solide, et surtout claire, des principes et des méthodes de la sémiologie, entendue au sens strict de science générale de tous les systèmes de communication par signaux, signes ou symboles.

    Il faut se garder en effet d'appliquer mécaniquement les méthodes de la sémiologie à toutes sortes d'objets sans avoir préalablement démontré qu'on a affaire à un type de communication, et pas seulement à un ensemble de faits significatifs. on ne présente donc ici qu'un premier inventaire de ce qu'est la sémiologie de la communication. lorsqu'elle ne se réduit pas purement et simplement à la théorie de la connaissance, la " sémiologie de la signification " s'attaque avec un outil qui n'est pas exactement fait pour cette tâche à l'étude des significations spécifiques de faits sociaux ou esthétiques.
    C'est sans doute par là qu'on pourra terminer la constitution de la sémiologie ; ce n'est sûrement pas par là qu'il fallait la commencer.

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  • Quand on aime la poésie, au bout d'un certain temps, la seule façon tolérable d'en parler, c'est d'en parler avec précision, quels que soient les risques. Tout finit par valoir mieux que la Tour de Babel assourdissante où, comme à la corbeille d'une Bourse étrange, sont chaque jour hurlées péremptoirement toutes les opinions sur la Poésie majuscule.
    Pourquoi « glorieuse dans les bras du soleil » ? Là aussi, on voit avant de comprendre - il faut voir avant de comprendre et se laisser mener par les mots vers l'image. Une image de femme portée dans les bras du soleil, une vision de rayons divergents, de bras tendus offrants. C'est une image glorieuse, comme dans les tableaux celle des personnages entourés de lumière. C'est seulement l'image radieuse de femme éblouissante qui a empli les yeux d'Éluard. Et la preuve, c'est qu'il revient sur cette image, insatisfait jusqu'à ce qu'elle ait atteint la plénitude expressive adéquate à la vision qu'il gardait intérieurement :
    Sans songer à d'autres soleils Que celui qui brille en mes bras dira-t-il en 1940. Et c'est bien la même image. Il me semble qu'il a finalement su se délivrer de son éblouissement dans ce vers-ci, le plus accompli :
    Tu portes dans tes bras les branches du soleil.
    Réédition de textes parus en 1993 dans la revue Agone (et pour la première fois entre 1952 et 1958) dans les Cahiers du Sud), ces quinze chroniques parcourent les écrits de Guillaume Apollinaire, Louis Aragon, André Breton, René Char, François Dodat, Paul Éluard, Nazim Hikmet, Victor Hugo, Stéphane Mallarmé, Henry de Montherlant, Saint-Pol Roux, Gaston Puel, Eugène Guillevic, Pierre Reverdy, Jules Supervielle, Paul Valéry, Alfred de Vigny, etc.
    Ces leçons de précision poétique sont suivies d'un dialogue entre un poète et une traductrice, qui reviennent, un demi-siècle plus tard, sur la poésie vue par le linguiste et sémiologue, militant communiste et résistant Louis Leboucher, dit Georges Mounin (1910-1993).

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  • La sémantique ne peut être étudiée de la même manière que des branches de la linguistique telles que la phonologie, la morphologie ou encore la syntaxe, où l'on peut construire des structures objectives. C'est que la sémantique, traditionnellement définie comme la science ou la théorie des significations linguistiques, ne se laisse pas réduire à une analyse positive. Il est impossible d'exposer en la matière autre chose que des hypothèses contradictoires et des fragments de thèses contestées. Aussi, pour Georges Mounin, le meilleur moyen de suggérer au lecteur l'état réel de la question, c'est de lui faire suivre le chemin qu'il a lui-même parcouru, d'autant que ce cheminement est une véritable propédeutique.

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  • Si la poésie est une création d'ordre irrationnel, elle n'en reste pas moins analysable de manière rationnelle ; contrairement à ce que s'imagine une opinion toujours trop prude quant aux joies de l'esprit, comprendre un poème n'en diminue pas le charme, mais augmente le plaisir qu'on prend à le relire.
    Sans doute l'analyse n'épuise-t-elle jamais tout à fait l'oeuvre et c'est heureux - mais l'oeuvre n'est pas non lus entièrement évanescente : mounin le montre en analysant des oeuvres difficiles de poètes modernes et contemporains, mallarmé, valéry, eluard, ponge, char. l'analyse des poèmes débouche nécessairement sur une réflexion plus ambitieuse sur la poésie, comme sur un plaidoyer en faveur de la critique littéraire lorsque elle-ci prend soin de comprendre d'abord à quelle esthétique se réfère l'oeuvre, à quel genre de plaisir elle nous invite sans jamais nier qu'il y ait là une forme très subtile de connaissance.

  • En écrivant Les Belles Infidèles il y a plus de soixante ans, Georges Mounin a voulu proposer, selon ses propres termes, « une défense et illustration de l'art de traduire ». Il a su réaliser son projet avec une rigueur de démonstration peu commune, une documentation historique exemplaire et, par-dessus tout, une vision magistrale de la traduction. Non seulement cette vision envisage tous les aspects fondamentaux de la traduction, mais elle réussit à faire converger différents points de vue vers la solution des problèmes: celui du philologue, de l'historien et du linguiste, comme celui des traducteurs eux-mêmes et celui des théoriciens de la traduction. « Il ne s'agit pas de démontrer que la traduction soit facile, ni toujours à tout coup possible et parfaite du premier coup. Ce serait déjà beau d'avoir combattu cette maladie qui paralyse les traducteurs eux-mêmes avant d'avoir commencé leur tâche: la conviction séculaire qu'ils entreprennent une tâche théoriquement impossible », écrivait l'auteur.Cet ouvrage constitue une réédition d'un grand classique de la traductologie.

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  • TUne langue nous oblige ´r voir le monde d'une certaine manicre [...]. Au lieu de dire, comme les anciens praticiens de la traduction, que la traduction est toujours possible ou toujours impossible, toujours totale ou toujours incomplcte, la linguistique contemporaine aboutit ´r définir la traduction comme une opération relative dans son succcs, variable dans les niveaux de la communication qu'elle atteint.t Georges Mounin.

  • " tout ce qui s'est écrit jusqu'à présent d'histoire de la linguistique exprime ou reflète encore souvent le point de vue d'époques antérieures à la notre.
    L'histoire qu'on tentera d'esquisser ici aura comme point de vue celui de la linguistique riche de toutes ses acquisitions théoriques d'après 1930 : de la linguistique fonctionnelle et structurale actuelle. non pour soumettre le passé tout entier à la toise de nos critères ; mais parce que tout ce que nous croyons savoir de plus que ce qu'on savait vers 1900 ou 1920 éclaire un panorama renouvelé ou rajeuni de ce passé - un panorama qui devrait être à la fois plus riche et plus précisément dessiné ; plus instructif aussi.
    " georges mounin.

  • Camarade poète

    Georges Mounin

    • Galilee
    • 22 Mars 1979

    Le plaisir et le besoin de se nourrir de poésie n'ont pas été pour Georges Mounin ce bref intermède qui s'achève avec la fin de l'adolescence. Il vit avec les poèmes de ses poètes préférés depuis un bon demi-siècle, quotidiennement. Le premier volume de Camarade Poète (I. Plaisir au poème, II. Contribution non orthodoxe au panorama de la poésie française actuelle) entreprend de rassembler les résultats de cette expérience peu courante : la fréquentation vécue des poèmes. Non pour en rendre compte en journaliste, ni pour en débattre en critique spécialisé, mais pour en vivre. Ni anthologie, ni manuel, ni introduction, c'est plutôt le récit d'une sorte de voyage initiatique à travers un continent de poésie, une géographie personnelle qui va de Homère ou de Pétrarque (oui, Pétrarque !) à Frank Venaille et Pierre Tilman. L'auteur a toujours l'air de dire au lecteur : si ce ne sont pas les poètes dont je parle ici que vous aimez, aimez ceux que vous aimez de cette façon-là. C'est la bonne.
    Comme le linguiste n'est jamais loin derrière le lecteur des poèmes chez Georges Mounin, cela nous vaut également des aperçus peu connus sur les origines de la poésie en général et celles de la poésie française en particulier ; sur la poésie et la musique - ou sa musique ; sur la science-fiction comme poésie ; sur la poésie et « le peuple ». Il y a là derrière l'ambition d'une théorie assez complète, bien que peu tapageuse, de la réalité de la poésie.

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  • Camarade poète t.2

    Georges Mounin

    • Galilee
    • 19 Juin 1979

    « La première fois que j'ai lu - j'avais quatorze ans - l'anecdote de La Fontaine, qui s'en allait demander à tout le monde : «Avez-vous lu Baruch ? C'était un grand génie», je me rends compte (à présent) que j'ai reçu sans m'en douter l'une des initiations décisives qui m'ont fait aimer la poésie comme je crois qu'elle doit l'être.
    À travers l'anecdote, La Fontaine a d'abord atteint son objectif, du moins pour moi : j'ai voulu connaître ce Baruch, et le lire. J'ai cherché une Bible, et cherché dans le texte du petit prophète ce qui pouvait avoir donné ce choc au fabuliste. Et j'ai trouvé : «Car la pierre crie à travers la muraille - Et le bois de la charpente lui répond.» C'est encore matière à longues réflexions pour moi de penser que l'auteur des Fables et des Contes a trouvé quelque chose qui le saisissait dans les quelques pages d'Habakuk, et que c'est peut-être le verset qui m'a saisi - absolument sans rapport avec son esthétique propre et celle de son temps.
    Malgré tout ce que j'ai lu de désorientant, je persiste à croire à l'existence de la poésie parce que, de temps en temps, je continue de recevoir ce choc, en face d'un texte à chaque fois sans commune mesure avec des dizaines d'autres, apparemment presque pareils, lus par habitude.
    Et je m'aperçois que j'ai passé ma vie à dire à des amis, connus et inconnus : «Avez-vous lu Ponge (en 1949), avez-vous lu Nazim Hikmet (en 1953), avez-vous lu Montale (en 1956), avez-vous lu Maïakovski, Saba, Quasimodo, Pasternak, ou Jacopone da Todi, ou Pétrarque ?» Je suis persuadé que c'est ainsi que fonctionne la franc-maçonnerie des lecteurs, et la seule survie authentique des poèmes en tant que poèmes. » G. M.

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  • Avez-vous lu Char ? C'est la question qui surplombe la correspondance entretenue, de 1943 à 1989, entre le poète et son critique, Georges Mounin (de son vrai nom Louis Leboucher, 1910-1993). Question qui figure en couverture du célèbre essai que ce dernier lui consacre dès 1947 chez Gallimard, texte fondateur et représentatif de la reconnaissance exceptionnelle dont l'oeuvre de Char fait l'objet à la Libération. Avez-vous lu Char ? est, au vrai, la première tentative d'approche et d'explicitation de l'art souverain du « poète le plus actuel » à son temps. Les liens sont forts entre Mounin et Char. Le poète et le professeur se sont connus en 1938 à l'Isle-sur-Sorgue, où le jeune Leboucher, militant communiste, est nommé instituteur et loue une partie de la maison familiale des Char, les Névons. Leur antinazisme puis le dégoût de Vichy les unissent, dans les faits comme dans les principes. Mais ce n'est qu'en 1943 que s'ouvre leur conversation critique, Leboucher se décrivant lui-même comme le « correspondant inactuel » de son ami poète, situant leur échange à l'écart des événements auxquels ils sont pourtant tout deux personnellement mêlés. Ce qu'est la poésie pour Char, les lettres courant de 1943 à 1947 l'expriment avec force, dans une même quête de la vérité du langage poétique, de la mise au jour de ce qui s'y joue, en particulier autour du commentaire de Seuls demeurent et de la mise au point des Feuillets d'Hypnos. René Char ne se substitue pas au travail patient d'élucidation que mène le professeur, mais il lui ouvre grand son atelier et le renseigne sur son ambition d'écrivain. Il apprécie et consacre la lucidité de son interlocuteur, « lecteur toujours enchanté, toujours accordé » : « Vous dites bien, vous pensez bien, votre clé est teintée du sang de mes yeux et de mon coeur » ; ou encore : « Chacune de vos explications sonne une étoile et tout le ciel carillonne. Je me rends complètement à vos raisons. » Seule ombre au tableau, bientôt envahissante : le communisme stalinien de Mounin, désormais en poste à Aix-en-Provence, qui, dans le climat de l'après-guerre, devient insupportable à Char. À la belle complicité des débuts se substitue peu à peu un dialogue de sourds, où se mêlent défiance et malentendus... jusqu'à la rupture de leur relation, non sans retour, de 1957. Le critique se voit relégué par Char l'intransigeant aux rangs nombreux des doctrinaires et des systémiques : grave déviance, s'il en est, aux yeux du poète qui, comme d'autres de ses contemporains, proclame et préserve avant toute chose l'autonomie de la poésie créatrice à l'égard de toutes fins morales ou pratiques. La littérature, l'histoire et la vie des hommes sont au coeur de ce dialogue exigeant, dont les enjeux ne sont pas accessoires. Edition établie et présentée par Amaury Nauroy

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