Gallimard

  • Parce que l'histoire nationale et internationale a marqué de ses traces l'espace français, voici un premier inventaire de ce que le promeneur peut encore en voir. Grottes, rues, ruines, bâtiments, plaques, monuments commémoratifs, sites guerriers ou paysages champêtres retournés à l'agriculture après avoir été labourés par les guerres, le lecteur trouvera au fil des pages comme à celui de ses pas les lieux qui à leur manière racontent des événements - majeurs ou secondaires Car la grande histoire et ses violences ont parfois détruit toute trace alors que des événements de portée plus limitée se lisent toujours dans notre environnement. Telle est la raison de cette anthologie des notices extraites des diverses éditions du célèbre Guide Vert Michelin : que le lecteur, de l'espace qu'il visite, puisse remonter à l'histoire qui s'y raconte.

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  • Hitler

    Ian Kershaw

    Evénement majeur de notre siècle, le nazisme demeure également une énigme majeure posée aux historiens.
    Entre l'omnipotence diabolique de hitler et la description de son pouvoir comme celui d'un " dictateur faible " face à un appareil d'etat tout-puissant, ian kershaw risque une vision nouvelle.
    Ce qui devient objet d'histoire, ce n'est plus hitler, mais sa position exceptionnelle qui excédait la mesure d'un individu sans qualité, tribun de brasserie, déclassé social, artiste raté. hitler exerçait une autorité charismatique, fondée sur la perception, toujours renouvelée, par la masse de qualités, d'une mission, d'un héroïsme supposés du chef.
    Le charisme permet enfin de tenir ensemble tous les traits que les interprétations précédentes avaient jusqu'alors séparément soulignés : le pouvoir de hitler résultait de la collaboration, de la tolérance, des faux espoirs ou de la faiblesse de tous ceux qui, en allemagne, occupaient une position de pouvoir ou d'influence - tous reportèrent leurs attentes ou leurs ressentiments dans la personne du dictateur.
    Il devint l'emblème de l'activisme, la source de l'autorité légitime, l'instance de confirmation ou de sanction des faits et gestes de quiconque agissait selon les intentions qu'il prêtait au führer. de cela résultait une combinaison sans précédent d'instabilité institutionnelle et de dynamisme hors du commun, qui, incapable de stabilisation dans des formes légales, finit dans l'autodestruction.

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  • Qu'en est-il de l'économie dans les sociétés primitives ? À cette question fondamentale, la réponse classique de l'anthropologie économique est la suivante : l'économie archaïque est une économie de subsistance et de pauvreté, elle parvient au mieux à assurer la survie du groupe incapable de sortir du sous-développement technique. Le sauvage écrasé par son environnement écologique et sans cesse guetté par la famine et l'angoisse, telle est l'image habituellement répandue.
    Travestissement théorique et idéologique des faits, réplique ici tranquillement un anthropologue et économiste américain de réputation internationale. Passant des chasseurs australiens et Bochimans aux sociétés néolithiques d'agriculteurs primitifs telles qu'on pouvait encore les observer en Afrique ou en Mélanésie, au Viêt-nam ou en Amérique du Sud, relisant sans parti pris les textes connus et y ajoutant des données chiffrées, Marshall Sahlins affirme, avec autant d'esprit que d'érudition, que non seulement l'économie primitive n'est pas une économie de misère, mais qu'elle est la première et jusqu'à présent la seule société d'abondance.
    Comme le dit Pierre Clastres dans sa présentation : «Si l'homme primitif ne rentabilise pas son activité, c'est non pas parce qu'il ne sait pas le faire, mais parce qu'il n'en a pas envie.» Tout le dossier de la question est à reprendre.

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  • «4 janvier 1744. Mère s'est penchée pour prendre mon menton dans sa main. "Ne répétez à personne ce que je vais vous dire, ni à votre frère ni même à Mademoiselle. Compris ?" J'ai acquiescé. "Si vous obenez la faveur du roi, vous et moi devrons quitter la Prusse pour gagner Saint-Pétersbourg où nous rencontrerons l'impératrice Élisabeth. Elle vous a choisie, vous, ma pauvre fille ingrate, pour être la fiancée de Pierre. À moins que vous ne gâchiez vos chances, vous l'épouserez et, un jour, vous régnerez tous deux sur la Russie.»

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  • «31 juillet 1781. La représentation terminée, je m'empresse de gagner ma chambre.- Pas si vite, toi là-bas ! Nous avons deux mots à nous dire...- Maman, je nai rien fait, je vous le jure ! Mozart peut bien se fiancer à Josepha, je n'ai rien contre son bonheur.- Mais qui t'a dit qu'on t'accusait de ruiner le bonheur de ta soeur ? N'as-tu pas entendu ce que Mozart a chanté ? Notre Wolfang est amoureux de toi !»

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  • Ce Saint Louis de Jacques Le Goff, c'est la rencontre d'une des figures de proue du mouvement des Annales, traditionnellement hostile au culte de la biographie, avec la plus haute figure de l'histoire nationale, le personnage quasi mythologique du roi très chrétien, et même le seul canonisé des «trente rois qui ont fait la France».
    Et pour faire bonne mesure, cette étude approfondie ne se veut - c'est ce qui fait sa puissante originalité - ni la «France de Saint Louis» ni «Saint Louis dans son temps», mais bien la recherche, modeste et ambitieuse, tenace et constamment recommencée, de l'homme, de l'individu, de son «moi», dans son mystère et sa complexité.
    Qui fut Saint Louis ? Peut-on le connaître et, Joinville aidant, entrer dans son intimité ? Peut-on le saisir à travers toutes les couches et les formations de mémoires attachées à construire sa statue et son modèle ? Problème d'autant plus difficile que, la légende rejoignant pour une fois la réalité, l'enfant roi de douze ans semble avoir été dès le départ programmé, si l'on ose dire, pour être ce roi idéal et unique que l'histoire en a fait.
    Cette somme tient ainsi le pari de fondre dans la même unité savante et passionnée le récit de la vie du roi et l'interrogation qui, pour l'historien, le double, l'habite et l'autorise : comment raconter cette vie, comment parler de Saint Louis, à ce point absorbé par son image qu'affleure la question provocatrice, «Saint Louis a-t-il existé ?».

  • «6 février 1917. J'aimerais tant que mon père m'autorise à venir soigner ses blessés. Même si c'est sans doute un spectacle éprouvant. Mais il dit que je suis trop jeune. Pourtant l'année prochaine, si la guerre n'est pas encore finie, je veux devenir infirmière. J'aurai dix-sept ans, après tout!» La tourmente de la Grande Guerre, à travers le journal intime de Geneviève.
    En fin d'ouvrage, un supplément historique sur les causes et le déroulement du premier grand conflit du XXe siècle.

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  • «Mayflower, 1620. "Terre en vue!" L'appel de l'homme de vigie déchira l'aube. Nous nous précipitâmes sur le pont. Les marins furent les premiers à l'apercevoir, ligne sombre à peine visible contre l'horizon. Au bout de longues minutes, Hummy et moi commençâmes à la distinquer à notre tour. Ce n'était pas un simple mirage, c'était quelque chose de réel. Certes, le voyage a duré soixante-cinq interminables journées, mais nous violà arrivés. Ceci est le Nouveau Monde; je m'en emplis les yeux pour la première fois.».

    Partagez le journal intime d'Esther et vivez avec elle l'épique voyage du Mayflower, puis la périlleuse installation des premiers colons anglais en Amérique.
    En fin d'ouvrage, un supplément historique sur l'aventure des pionniers qui ont fondé les futurs États-Unis.

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  • «Avril 79. En sortant chercher de l'eau, ce matin, j'ai trouvé un oiseau mort. "C'est le manque d'air, a dit Martia. Un vrai temps de tremblement de terre." Les femmes, à la fontaine, répétaient les mêmes mots : "Un temps de tremblement de terre ! Pas une vague dans le port, pas un souffle de vent." Elle riaient.
    Personne à Pompéi ne redoute les secousses de la terre - elle tremble si souvent ! Et depuis dix-sept ans, aucune maison ne s'est effondrée. » Partagez le journal intime de Briséis et affrontez avec elle la terrible éruption du Vésuve. En fin d'ouvrage, un supplément historique sur l'histoire de la célèbre cité romaine.

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  • « 25 septembre 1530. Je venais d'un petit couvent. J'habitais une cellule étroite. Au rythme régulier d'une cloche, j'allais avec mes compagnes habillées de noir, de la chapelle au réfectoire et du réfectoire à la bibliothèque. J'ai désormais changé de monde. Je viens d'entrer dans un univers inconnu. Tout est différent ; les espaces immenses, la foule dans chaque pièce, l'or, les couleurs chatoyantes qui ruissellent des plafonds, sur les vêtements... je ne sais que décrire, par quoi commencer. Où suis-je ? » Partagez le journal intime de Catherine et découvrez avec elle le destin captivant d'une future reine de France. En fin d'ouvrage, un supplément historique sur cette période fondatrice de l'histoire.

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  • «9 avril 1515. la nouvelle est arrivée tout droit de Paris : le roi François, sa mère, sa soeur, son épouse et toute la cour vont s'installer à Amboise. Mon amie Charlotte m'a regardée, les yeux brillants d'excitation. "J'attends qu'il soit là !" m'a-t-elle soufflé. Je me dis que si le roi fait une telle impression alors qu'il est encore au loin, quel effet va-t-il produire une fois arrivé ici ? Charlotte a peut-être raison. Il y aura mille choses à observer et à décrire. En fait, j'ai bien de la chance d'avoir quinze ans en cette année 1515.»

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  • «Dimanche de Pâques 1859. Liberté. C'est peut-être le seul mot que j'ai appris tout seule. Ici, les gens, ils prient pour la liberté, mais pour pas que Maître Henley connaisse leurs vrais sentiments, ils appellent la liberté "cieux". Tous, ils ont l'esprit fixé sur c'mot: liberté. Mais c'est un mot qui me parle pas, que j'ai encore jamais pu voir.» L'histoire vraie de Clotee, une jeune esclave qui a refusé son sort, à travers son journal intime.

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  • Jeudi 31 octobre 1940. C'est une honte : Pétain a appelé les Français à "collaborer avec les Allemands". Et papa est prisonnier de ces gens avec qui il faudrait collaborer !
    Maman sort souvent sans me dire où elle va, ça m'énerve. Je sais qu'elle fait la queue pendant des heures pour essayer d'acheter de quoi manger parce qu'il n' y a plus grand-chose dans les magasins, mais parfois, j'imagine qu'elle va je ne sais où, faire des choses dangereuses et ça me fait peur.

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  • «14 juillet 1789. En écrivant ces lignes, je crois encore respirer l'odeur forte qui a enveloppé le centre de la ville. Elle provient de la Bastille prise cet après midi. Qui aurait pu imaginer que la fureur populaire s'attaquerait à un tel monument ? À l'atelier, depuis le début de la matinée, ça n'était que clameurs, coups de fusil et hurlements : "A la Bastille!" Dans le noir, à la faible lueur des chandelles, nous avons tiré l'aiguille en redoutant le pire.» Partagez le journal intime de Louise, et vivez avec elle les bouleversements de la révolution française. En fin d'ouvrage, un supplément historique sur cette période fondatrice de l'histoire.

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  • « 27 mai 1804. Cela s'est passé si vite que je n'ai pas eu le temps vraiment d'être impréssionée avant d'arriver devant... l'Impératrice ! J'étais clouée sur place. Le seul mouvement qui m'animait était la chaleur qui me montait aux joues. À ce moment, Mme Bonaparte a souri. Sa bouche, qui est petite, s'est étirée juste un peu et tout son visage a rayonné. Est-ce de la magie? Je jure qu'une force, un charme m'ont touchée et forcée à sourire à mon tour. » Partagez le journal intime de Léonetta, et découvrez avec elle la vie fascinante de l'impératrice Joséphine. En fin d'ouvrage, un supplément historique sur cette période fondatrice de l'Histoire.

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  • «23 septembre 1853. Je me suis réveillée au milieu de la nuit. Mon coeur battait à grands coups. Les mots de papa résonnaient en moi: "la future impératrice d'Autriche". On me l'a dit, mais, jusqu'ici, je n'entendais pas. François-Joseph prenait toute la place, avec son regard bleu, la chaleur de son bras autour de moi. Maintenant, il n'est plus là, et je reste avec ce titre terrifiant. Est-ce que j'ai une tête à être impératrice, moi, la petite Sissi de Possenhofen?»

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  • Pourquoi Mamie Aïssata est-elle formellement opposée aux rites d'initiation ? Mathieu vient de débarquer à Abidjan, en Côtes-d'Ivoire. Ses cousins doivent être initiés au bois sacré, dans le nord du pays. Mais on dit que l'initiation fait encourir des dangers mortels à ceux qui les subissent. Mamie Aïssata arrivera-t-elle à empêcher Yacouba, chasseur et prêtre traditionnel, de ravir sa fille pour l'exposer à ces épreuves initiatiques ?
    Un voyage au coeur des traditions ancestrales de l'Afrique noire.

  • Au temps des martyrs chrétiens : journal d'Alba, 175-178 après J.-C. Nouv.

  • Judéo-christianisme : l'expression, utilisée à tout propos, a-t-elle encore un sens ? Le phénomène " judéo-chrétien " de coexistence de cultures religieuses se manifesta deux fois : au début, avec les juifs convertis au christianisme qui continuaient à observer leurs rites et plaçaient leurs croyances dans le contexte exclusif de l'Ancien Testament ; puis aux VIe et VIIe siècles, quand le pouvoir civil, au nom de la religion d'Etat, força les juifs à se convertir au christianisme. Si, au commencement, Jésus étant juif et les apôtres aussi, le christianisme fut redevable des convictions du judaïsme du premier siècle de notre ère, toute son histoire depuis lors est celle de son détachement comme un fruit de la branche qui le portait. Sa volonté de se distinguer du judaïsme prend deux voies : avec l'allégorie, il s'approprie le livre du judaïsme, l'Ancien Testament, en le considérant le précurseur et la justification du Nouveau ; avec la formulation dogmatique, l'Eglise présente à l'éventuel fidèle une série de croyances qu'il devra accepter, lui proposant d'emblée la " conversion " à un nouvel ordre de réalités. Judaïsme et christianisme ne constituent pas un tout parce que les deux religions sont extérieures l'une à l'autre même si celle-ci suit de près celle-là ; elles se côtoient, ne se confondent pas. Voilà qui vide de contenu toute forme religieuse d'antisémitisme, puisqu'on ne saurait, au nom d'un tronc commun " judéo-chrétien ", accuser les juifs de nier l'envergure religieuse et culturelle du message chrétien, tant les deux religions sont organiquement différentes l'une de l'autre.

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  • Ce grand livre, consacré aux «gueules cassées» de la Grande Guerre, n'est pas seulement le mémorial des survivants des tranchées. Construit à partir de témoignages de tous ordres, il est aussi un livre d'analyse : il dresse la première évaluation du poids politique réel dans l'entre-deux-guerres d'une France décimée.
    Les Anciens Combattants, moins acteurs que témoins, pèsent par leurs réactions, leurs opinions, leur comportement collectif, et d'abord leur existence même, qui atteste de l'ampleur du traumatisme de la guerre. Ils révèlent ainsi des attitudes et des mentalités largement partagées par les Français des années trente.
    À travers eux s'expriment le souvenir durable d'un massacre sans précédent, des formes de sociabilité, des convictions morales et politiques, des manières d'être qui semblaient naturelles, charriées par un mouvement de masse - ils sont plus de trois millions d'adhérents. À l'image de la nation en armes, on rencontre chez eux des réactionnaires, des autoritaires, quelques révolutionnaires ; mais aux antipodes de l'image qu'on en donne habituellement, loin de l'esprit militaire, des ligues ou du fascisme, ils sont dans leur immense majorité, comme le pays, républicains, patriotes et pacifistes.

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  • Plus que d'autres, les historiens le savent : le pouvoir des mots peut aussi être celui de la confusion.
    Lorsqu'on parle de Vichy, il convient désormais de préciser si l'on entend : le régime installé avec l'ambition de conduire en profondeur, dans un pays occupé, une «Révolution nationale» ; le gouvernement et son administration dont la mémoire nationale, ces dernières décennies, privilégie le souvenir de la déportation des juifs ; ou l'objet de recherches menées par des historiens et dont la perspective globale sur l'époque diverge de plus en plus de celle que nourrit la justice.
    C'est à une traversée de ces trois acceptions qu'invite l'ouvrage d'Henry Rousso, reflet de plus de vingt ans de recherches et de travaux consacrés aussi bien à l'impact de l'événement sur la société (à travers l'économie, la politique et la culture), qu'à la postérité de l'événement (du bilan des épurations militaires, civiles et administratives au sortir de la guerre jusqu'aux tentatives contemporaines de juger ce passé dans les prétoires).
    Une réflexion, en quelque sorte, sur les manières d'écrire l'histoire contemporaine comme les usages qu'en font les générations successives.

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