Gallimard

  • Dans une traduction extrêmement élégante d'andré beaujard, nous présentons au lecteur français un des plus beaux livres de la littérature japonaise, les notes de chevet de sei shônagon.
    Composées dans les premières années du xie siècle, au moment de la plus haute splendeur de la civilisation de heian, au moment où kyôto s'appelait heiankyô, c'est-à-dire " capitale de la paix ", par une dame d'honneur, sei shônagon, attachée à la princesse sadako, laquelle, mourut en l'an 1000, les notes de chevet appartiennent au genre sôshi, c'est-à-dire " écrits intimes ". avec les heures oisives de urabe kenkô et les notes de ma cabane de moine de kamo no chômei, les notes de chevet de sei shônagon proposent, sous forme de tableaux, de portraits, d'historiettes, de récits, une illustration du japon sous les fujiwara.
    Avec l'auteur du roman de genji, noble dame murasaki, sei shônagon est une des plus illustres parmi les grands écrivains féminins du japon. si l'auteur du roman de genji est constamment comparé, dans son pays, à la fleur du prunier, immaculée, blanche, un peu froide, sei shônagon est égalée à la fleur rose, plus émouvante, du cerisier. ceux qui liront, nombreux nous l'espérons pour eux, les notes de chevet sont assurés de découvrir un des plus beaux livres jamais écrits en langue japonaise, et qu'une introduction et des notes leur permettront de goûter dans le plus intime détail, y compris tous les jeux subtils sur les mots.

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  • Vingt ans après le pauvre coeur des hommes, l'un des derniers romans de natsume sôseki, paraît enfin, dans une excellente version due au japonologue jean cholley, l'ouvrage qui d'emblée lui valut la célébrité : je suis un chat.
    Mort en 1916 à quarante-neuf ans, il vécut aux confins de la psychose la déchirure dont pâtirent tous les intellectuels nés avec la révolution industrielle, politique et culturelle du meiji.
    Formé aux lettres classiques chinoises, au haïku, mais envoyé en angleterre de 1900 à 1903 pour pouvoir enseigner ensuite la littérature anglaise, il s'imprégna si profondément du ton de swift, de sterne et de de foe que, sans nuire à tout ce qu'il y a de japonais dans je suis un chat, cette influence nous impose de penser au voyage de gulliver chez les houyhnhnms ; sans doute aussi d'évoquer le chat murr d'hoffmann.
    C'est pourquoi le traducteur peut conclure sa préface en affirmant que je suis un chat " suffit amplement à démentir l'opinion si répandue selon laquelle les japonais manquent d'humour ". ni hegel, ni marx, ni darwin, qu'il a lus, ne lui ont fait avaler son parapluie.
    La gouaille, voire la désinvolture apparente, n'empêchent pas les chapitres de s'organiser, cependant que tous les styles (jargon des savants ou du zen, ou argot d'edo, ancien nom de tokyo) se mêlent pour présenter la satire désopilante d'une société en transition, et même en danger de perdition.
    Kushami-sôseki se demande parfois s'il n'est pas fou, mais c'est la société d'alors qui devient folle, elle qui déjà enferme en asile ceux qui la jugent. le chat ne s'y trompe jamais, lui : aucun ridicule n'échappe à ce nyctalope. alors que peut-être on en devrait pleurer, on rit follement. si vous voulez comprendre le japon, identifiez-vous au chat de soseki. sur un autre registre, vous retrouverez le meiji de la sumida, le chef-d'oeuvre de nagaï kafû.

  • Propos, anecdotes, brèves paraboles, maximes, c'est dans les entretiens qu'on trouve le visage le moins fabuleux de confucius.
    Il y a du socrate en lui, du montaigne aussi. maître k'ong séduit par une bonhomie, une bonne humeur, une générosité, une gentillesse, qui savent concilier la vigueur des principes et les faiblesses des humains. le politique, le moraliste, le philosophe, c'est dans les entretiens qu'on peut trouver le premier état de la pensée de confucius. " nul écrit, constate pierre ryckmans, n'a exercé une plus durable influence sur une plus grande partie de l'humanité.
    " les entretiens sont après deux millénaires le livre central de l'histoire de la chine.
    Pierre ryckmans, un des maîtres de la sinologie actuelle, aura consacré six ans à établir pour les lecteurs de langue française la version enfin définitive de ce classique dont un grand savant japonais de notre époque ne craignait pas de dire que c'est " le plus beau livre du monde ". plus tempéré, ryckmans écrit que ce texte a conservé à travers les siècles " une verdeur, une vigueur et une cohérence étonnantes ".
    Le voici traduit comme il devait l'être : à ras du texte dont il rend ainsi la concision, le charme et la force. le vieux maître est là, devant nous, vivant, qui bavarde, plaisante et nous dispense un enseignement toujours précieux. la version de pierre ryckmans des entretiens sera aussi perdurable que la pensée de maître k'ong.

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  • Quelle vie plus calme en apparence, plus unie, plus heureuse que celle de natsume sôseki ? il naît en 1867 à edo, l'ancienne tokyo, étudie l'anglais, enseigne dans les écoles secondaires de 1893 à 1900 et passe en angleterre trois années à l'issue desquelles on le nomme chargé de cours à l'université impériale de tokyo.
    Son premier roman, je suis un chat, d'emblée le rend célèbre et lui permet d'entrer au grand quotidien japonais asahi. après une existence discrète et retirée, il meurt en 1916.
    De tous les écrivains qu'a produits l'ère du meiji, nul n'exerça une influence aussi prestigieuse. c'est que cet ami de l'occident ne s'était pas coupé de sa propre culture : il s'était nourri des lettres chinoises et formé à la méditation qu'enseigne le bouddhisme zen.
    Sa vie tout unie cachait une âme douloureuse : obsédé par l'inéluctable " péché qui est sur l'homme ", ce solitaire analyse et absout le coeur humain, mais non sans avoir pris sur soi, comme pour l'expier, ce qu'il tient pour l'irrémédiable misère de la condition humaine.
    Kokoro ou le pauvre coeur des hommes est le plus représentatif sans doute des romans du meiji. du moins fut-il désigné comme tel par le pen club japonais.
    Horiguchi daigaku et georges bonneau l'ont traduit en français. horiguchi daigaku, l'un des maîtres du lyrisme japonais, est le traducteur en sa langue d'une centaine d'oeuvres françaises ; georges bonneau est l'un de nos plus savants japonisants, celui qui, dans la collection yoshino, nous révéla tant de poètes japonais.

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  • Je suis devenu bouffon.
    C'était mon ultime demande adressée aux hommes. extérieurement, le sourire ne me quittait pas ; intérieurement, en revanche, c'était le désespoir. ainsi se présente yôzô, né dans une famille riche du nord du japon, qui veut être peintre, abandonne ses études au lycée de tôkyô pour travailler dans des ateliers, mais s'initie plus vite au saké et aux filles qu'au dessin et à la peinture. d'amours malheureuses en amours malheureuses, après n'avoir été qu'un médiocre caricaturiste de revues de second ordre, il échoue à vingt-sept ans, malade, tel un vieillard, dans une vieille chaumière irréparable d'oú il rédige l'histoire de sa vie, " vécue dans la honte ", et alors qu'il ne connaît plus désormais ni le bonheur ni le malheur.

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  • Un miséreux qui hésite entre le vol et la mort s'abrite de la pluie sous la porte rashô, une ruine transformée en charnier.
    Dans la pénombre du crépuscule, il découvre une vieille hirsute et fantomatique en train d'arracher les cheveux des cadavres...
    Violents, étincelants, souvent terrifiants, ces brefs récits plongent le lecteur dans les ténèbres d'un japon de légende, peuplé de sorcières, de brigands et de personnages aussi surprenants qu'inquiétants.

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  • Le meilleur ouvrage de l'écrivain classique japonais ueda akinari (1734-1809) est ce recueil des contes de pluie et de lune.
    Dans ces histoires fantastiques, le lecteur verra se lever, agir et disparaître toutes les variétés de fantômes. un mélange savoureux de magie, de poésie et de réalité fait revivre d'un seul coup l'univers familier et enchanté des japonais d'autrefois.

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  • Dans les vallées afghanes, dans les camps de réfugiés du pakistan, les femmes pashtounes improvisent des chants d'une extrême intensité, d'une foudroyante violence.
    D'oú le nom de landay qui les désigne et qui signifie : " le bref ". cette forme poétique limitée à deux vers compose en fait un instantané d'émotion, à peine plus qu'un cri, une fureur, un coup de dague entre les épaules. car ce poème très scandé dit l'amour, l'honneur ou la mort et toujours à travers ces trois thèmes, toujours la révolte. jamais sans doute si courte vocalise n'a autant révélé sur l'inhumaine condition de la femme en islam, sur l'oppression qui la réduit à l'état d'objet domestique et l'asservit au code infantile des hommes.
    Privée de toute liberté, brimée dans ses désirs et son corps, la femme pashtoune n'a d'autre échappée possible que le suicide ou le chant.

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  • Sans le savoir, beaucoup de français connaissent déjà ce beau roman, tous ceux qui virent au cinéma pather panchali, qui en bengali, veut dire quelque chose comme " la chantefable (ou la complainte) du sentier ".
    Il s'agit d'un roman bengali publié en 1929 par bibhouti bhoushan banerji, né en 1899 près de calcutta, dans un petit village du bengale. les français connaissent aussi aparajito (ou l'invaincu), et apur sansar (le monde d'apur) , autres films de satyajit ray qui font suite à pather panchali. avec le godan (la vache) de prem chand, roman qu'hélas on n'a pas encore publié chez nous, et qui montre sur le vif la vie des paysans des régions où l'on parle ourdou et hindi, les romans de banerji nous permettent de comprendre ce qu'est en pays bengali la vie des pauvres, c'est à dire la vie de presque tout le monde.
    De cette humble histoire contée au fil des jours et sans recherche formaliste, s'élève un chant qui justifie quand même le titre du roman. il s'agit de la quête du bonheur, dans les pires conditions. ce petit garçon que vous suivrez pas à pas, comme vous l'avez suivi sur l'écran, vous ne l'oublierez jamais.
    Avec tagore et saratchandra chatterji, banerji est un des plus grands romanciers du bengale.
    La traduction n'est pas indigne de l'original : les adultes n'y trouveront pas moins de joie que les enfants (la deuxième partie du roman fut déjà publiée par ceux-ci au bengale en édition illustrée). comme swift, comme cervantès, comme alice au pays des merveilles, la complainte du sentier s'adresse à tous. c'est la marque des plus grands livres.

  • Les heures oisives et les notes de ma cabane de moine constituent avec les notes de chevet de sei shônagon les trois chefs-d'oeuvre de l'" essai " japonais.
    Urabe kenkô est ici traduit par un groupe de japonais et de japonologues mme tomiko yoshida, m. maeda, mm chazelle et grosbois. kamo no chômei est traduit par le rp sauveur candau, des missions étrangères (et revu par le neveu de ce japonologue). le moine urabe kenkô est mort en 1350 après avoir servi à la cour comme officier subalterne. personne au japon ne peut parler de kenkô sans évoquer montaigne.
    M. grosbois n'y manque pas dans sa préface. système de pensée mis à part, c'est en effet la même liberté souveraine, le même ton (en apparence nonchalant, en fait suprêmement savant). cet ascète connut l'amour ; ce moine est fort peu indulgent au bouddhisme conventionnel. ce célibataire comprend les pères de famille. en fait il comprend tout, juge tout, avec lucidité. scènes de moeurs, portraits, tableautins, réflexions morales composent un des maîtres livres de la littérature universelle.
    Les notes de ma cabane de moine, rédigées plus d'un siècle avant les heures oisives, célèbrent la liberté de l'existence érémitique.

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  • Au début était le verbe poétique, populaire puis savant, mais animé de siècle en siècle par la même intarissable vigueur ; fleurissant d'abord dans les hymnes de clans chantés par les bardes, éclosant spontanément aux lèvres des humbles et des simples en chansons de souffrance, de révolte ou de joie, que transportaient et répandaient, comme pollen au vent, les poètes errants, les mystiques et les fous - ou ceux qui se donnaient pour fous afin de mieux jeter, pas toujours impunément, leur chant à la face des puissants.

    Jaillissement perpétuel, irrépressible et ardent, issu de la bouche de ces êtres hors du commun, hors normes, de ces parfaits hors-la-loi que sont les poètes, ces fols, ces sages : les thèmes éternels sont leur inspiration, leurs chants et ballades, leur respiration, la musique simple et grave du saz les accompagne, la mémoire du peuple est leur meilleur conservatoire.
    Plus tard, s'élaborera la poésie classique, celle du divan, de la cour, marquée d'influence arabe, adoptant des formes multiples et sophistiquées : poésie travaillée, recherchée, capricieuse, aux métamorphoses ingénieuses et aussi nombreuses que celles de la calligraphie islamique.
    Ces recherches se poursuivent et évoluent jusqu'aux formes modernes et au vers syllabique ou libre.
    Voici, présentée et poétiquement traduite par nimet arzik, une poésie survivante et vivante, surprenante et prenante, dont les siècles passés n'ont en rien atténué la charge ni la grâce.

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  • Aucune anthologie de la littérature japonaise ne peut négliger ce livre à la fois si primitif, si raffiné, si malaisé à classer selon notre notion de genre.
    Contes, si l'on veut, et c'est bien l'un des sens du mot japonais monogatari (ise monogatari) ; mais si brefs et si peu marqués d'intrigue que les poèmes (les tanka) qui les ornent en deviennent comme l'essence et l'essentiel. Impossible de comprendre la littérature japonaise, et la plus moderne (disons, celle des short-shortjapanglaisants), si l'on ne connaît pas ces contes poétiques d'auteur inconnu et qui datent du Xe siècle.
    Peu nous importe que l'on attribue à Narihira une part de ces histoires. Ce qui nous importe en revanche, c'est la qualité d'une traduction due au général Renondeau, mais revue après la mort de celui-ci par M. Bernard Frank à qui nous devons, également admirables, les Chansons de Naravama et les Histoires qui sont maintenant du passé. Grâce à eux, vous goûterez une préciosité en effet à certains égards primitive, un sentiment de l'amour singulièrement libre et pudique.

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  • Hâfez est le plus célèbre et le plus aimé des poètes lyriques de langue persane.
    Après six siècles de gloire, il est encore aujourd'hui le charmeur incomparable. On visite son tombeau à Chiraz comme on va en pèlerinage et on consulte le recueil de ses poèmes comme un oracle. Le ghazal, poème d'amour par définition, transporte le lecteur dans un monde fictif peuplé et meublé de tout un personnel et tout un matériel symboliques. On y rencontre des amoureux éperdus, des idoles irrésistibles, des gardiens inflexibles, des jardins paradisiaques, pleins de fleurs merveilleuses et d'oiseaux enchanteurs, envahis de brises parfumées et de zéphyrs messagers.
    L'Amour est la vraie piété. C'est la voie qui mène au Créneau sublime. Ceux qui la parcourent sont des pèlerins, qui doivent souffrir, mais la souffrance est joie et la jouissance elle-même est déchirante. La Beauté foudroie ses amants. L'ivresse de l'Amour est aussi celle du Vin devenu, chez les mystiques, symbole de l'extase et perception d'une vérité supérieure. La poésie de Hâfez est nourrie de ces significations.
    Et elle stigmatise les hypocrites et les bigots qui ignorent cet univers. " La Voix de l'Outremonde ", tel est le surnom que la tradition a donné à ce poète. Est-il vraiment mystique ? On l'a longtemps pensé, on en doute aujourd'hui : son mystère est l'un de ses charmes. La seule maxime est qu'il faut s'abreuver sans cesse du Vin d'éternité : à chacun de l'entendre comme il voudra. Cette traduction nouvelle offre au lecteur français un reflet surprenant de cette poésie très brillante et très différente de la nôtre par ses conventions, ses moyens et ses beautés.

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  • Ainsi l'étouffante tradition villageoise, la pauvreté ou presque, la cécité n'auront pu venir à bout de cet enfant d'egypte appelé à devenir le héros d'un nouveau classicisme.
    Etudiant contestataire de la grande mosquée, il s'en va poursuivre ses études en france. il se reconnaît dans la culture française plus encore qu'il n'en fait sa seconde culture. rien ne peut empiéter sur sa liberté acerbe. ecrivain, professeur, journaliste, opposant politique ou ministre, sans trêve il convoque son peuple aux lumières, les arabes à des retrouvailles méditerranéennes, l'orient et l'occident à s'échanger.
    D'une oeuvre énorme oú se conjoignent la critique, l'histoire et la fiction, on a détaché ces pages. on les a choisies en fonction d'un triple critère : restituer les combats croissants d'une vie, et parfois ses bonheurs ; en déployer le problème central ; en regrouper les achèvements les plus beaux. espérons qu'elles vont porter à une lecture internationale cinq ou six fois plus de titres que l'occident n'en avait jusqu'ici connu de taha hussein.
    Or ce militant de la modernité véritable, cet adversaire de tous les immobilismes, de toutes les suffisances, n'a jamais rien abdiqué de son identité personnelle ou collective. affamé du vaste monde, il n'a jamais déserté en esprit son limon natal. la nouveauté en lui s'est voulue gardienne de l'authenticité, et il fait résider une part de cette dernière dans un dialogue de civilisations. ce message ne sera pas inutile, croyons-nous, aux débats de notre temps.

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  • Fils et père d'acteurs, acteur et auteur lui-même, zeami naît au japon en 1365.
    Il meurt octogénaire après avoir composé de nombreux nô et, quarante années durant, rédigé de nombreux traités sur son art, afin qu'ils soient transmis secrètement à un homme par génération. découverts en 1909 après cinq siècles d'occultation, les voici enfin traduits en occident. l'esthétique du nô, les recettes et les trucs du métier d'acteur nous sont enfin dévoilés. pour illustrer ces traités, m.
    Sieffert, à qui nous devons déjà les contes de pluie et de lune, a traduit également les cinq nô et les quatre farces intercalées qui composent, selon les normes japonaises, une journée de nô automnal. en pesant les mots, nous affirmons que voici l'une des plus importantes contributions de ce siècle au trésor de l'humanisme universel. outre que les traités de zeami nous apprendront enfin à voir et à lire un nô, ils nous aideront à nous purger de la " japoniaiserie " et nous rendront le sens de la vraie dramaturgie.
    Les jeunes japonais ont déjà compris : depuis 1945 ils reviennent au nô. un jour, peut-être, on écrira que le renouveau de la dramaturgie européenne date de 1960, année oú m. sieffert révéla aux français la tradition secrète du nô. brecht ? soit ; mais zeami, comment donc !.

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  • Dans la forte et subtile éludé dont il fait suivre son excellente traduction du roman de nagaï kafû, pierre faure définit ainsi le sens de la sumida : déploration d'un meiji qui n'a pas tenu les promesses de ses débuts et qui, en voulant greffer un corps étranger sur un tronc qu'il a déraciné, a engendré une crise profonde qui est le drame du japon moderne ; c'est ce déchirement de l'être japonais moderne que l'on peut deviner ainsi entre les lignes de la sumida et qui confère à ses accents une résonance si désolée.
    D'oú l'organisation de cette histoire délicate, ténue, mais très savamment bâtie, à la japonaise. afin d'exprimer formellement son refus d'un meiji pour qui le bouc de napoléon iii et la discipline prussienne représentaient la civilisation, nagâi kafü construit son livre sur le retour cyclique des saisons (ce que reprendra plus tard kawabata dans son kyôto), un peu comme le poème des saisons : le haïku ou haïkai : en outre, dans ses descriptions des paysages de tôkyô, il évoque les estampes japonaises, celles de hiroshige et de kunisada, notamment, dont il était alors un des rares là-bas à priser la valeur.
    C'est aussi le roman de l'adolescence, de l'éveil, dans une société en crise grave, dévorée déjà par la technique, le rendement, et qui relègue au second plan la poésie, la galanterie, le théâtre de kabuki, oú le héros verrait les seuls recours contre ce monde âpre et hideux. nous lisons ici la complainte romanesque d'une civilisation moribonde, celle d'edo que tôkyô va supplanter sur place. sachons incidemment admirer en nagaï kafû un homme qui, ayant appris en france à goûter aux libertés, refusera toujours d'entrer dans l'association des écrivains japonais, d'orientation fasciste, et souhaitera être enterré au cimetière des prostituées (satisfaction que lui refusera une famille contre laquelle il s'était d'emblée révolté).
    Bien que la sumida remonte à 1909, nagaï kafü a donc beaucoup à nous dire aujourd'hui.

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  • Aujourd'hui considéré comme un des plus beaux prosateurs japonais, ihara saikaku (1631-1693) n'a pas obtenu sans peine cette réputation.
    C'est qu'il créa au japon un genre neuf ; le conte réaliste en prose (ukiyo-zôshi), qui décrit de façon piquante, et nous dirions peut-être libertine mais nous aurions tord, les moeurs amoureuses de son temps. une classe nouvelle, celle des commerçants et bourgeois propriétaires, les chônin, prospérait alors sous un shôgunat pour un temps libéral et dont la morale était : " enrichissez-vous. " mais les moeurs sexuelles demeuraient féodales.
    Si les hommes trouvaient quelques compensations chez les prostituées raffinées, les femmes étaient condamnées à la fidélité ou à la mort ignominieuse. a l'exception du cinquième, chacun de ces récits conte l'histoire aventureuse et cruelle d'un couple d'amants que l'ordre social finit par briser, mais qui du moins, quelques jours ou quelques mois durant, auront aimé, auront vécu. si le dernier par un miracle tourne bien, c'est que l'auteur veut laisser entendre qu'un jour sera fini l'infini servage de la femme.
    Du lupanar au couvent, des campagnes aux troupes de comédiens, voici pour nous, traduit et richement annoté par m. bonmarchand, aussi amusant qu'émouvant, tout un tableau du japon shôgunal.

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  • Nous sommes dans le japon du début du siècle, un japon ouvert depuis deux ou trois décennies à peine aux influences occidentales et que sa victoire dans la guerre qui l'a opposé à l'empire russe a hissé, à la surprise générale, au rang des grandes puissances.
    Un jeune provincial " monte " à la capitale pour y poursuivre ses études supérieures. il a tout à découvrir : la ville, l'université, l'amitié, l'amour. mais il est encore tellement marqué par le système de valeur traditionnel qui règne dans le japon profond d'oú il est issu.

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  • On retrouvera sans doute ici bien des thèmes récurrents dans la tradition orale de l'Extrême-Orient. Mais on sera frappé par l'originalité de la manière coréenne de traiter ces thèmes. L'ironie et l'humour des fabulistes anonymes de Corée se manifestent quand il s'agit de railler le tigre - et par la même occasion les grands de ce monde. Le roi des animaux est toujours ridiculisé, bafoué et humilié, même par un objet inanimé comme une plaquemine (le «kaki séché»), ou un animé faiblard comme une grand-mère ou un peureux, mais rusé, lièvre.
    Même si vous cheminez lamentablement sur les voies de la misère, vous pouvez quand même espérer, rien n'est perdu ! Pensez à ce Coréen qui n'avait qu'un demi-grain de riz pour tout patrimoine. Rien que cela, mais aussi beaucoup d'opiniâtreté, un sens profondément enraciné de ses droits et un véritable don de la réclamation. Le «jeune bossu idiot» du conte grimpe en quelques jours les marches de l'ascension sociale, immanquablement, en parvenant à échanger son demi-grain de riz contre un rat, ce rat contre un chat, ce chat contre un âne, cet âne contre un boeuf, épouse la fille du ministre et devient gouverneur de la province. Prenez-en de la graine.

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  • Après cinq amoureuses d'ihara saikaku (1642-1693), rénovateur et virtuose du haïkaï, rénovateur également de la prose japonaise au siècle d'osaka et de la bourgeoisie marchande, voici l'autobiographie d'une femme, une vieillarde lucide qui se raconte à deux jeunes gens : pour avoir aimé au-dessous de sa condition (elle était de souche noble), elle vit périr son amant.
    On la maria d'autorité à un vieillard qui la laissa bientôt veuve. elle devint alors la concubine d'un homme qui la délaissa et fut ainsi condamnée par les moeurs japonaises du temps à une prostitution de plus en plus avilissante. elle témoigne ainsi de ce que pouvaient alors faire d'une femme bien née, mais qui prétendait à quelque liberté charnelle, les préjugés de caste et de classe.

    Avec le roman de genji, voici probablement le plus beau roman japonais d'avant le meiji, d'un courage en tout cas, d'une audace, d'une sensibilité extraordinaires, et en japonais d'une très belle langue.
    Comme si l'effort avait épuisé ihara saikaku ou comme s'il savait que nul, pas même lui, ne pourrait faire mieux ou même aussi bien dans le genre, ce sera son dernier roman. il parut en 1686, la même année que le recueil de nouvelles de cinq amoureuses, que nous avons déjà présenté dans cette collection. une préface intelligente et précise permet de situer cette vie par rapport à la société d'alors.

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  • " le sentiment que m'inspirait la jeune veuve dont la demeure avoisinait la mienne, était un sentiment de vénération.
    C'est du moins ce que j'affirmais à mes camarades et ce que je me répétais. nabin lui-même, mon ami le plus intime, ignorait mon véritable état d'âme. et j'éprouvais une sorte de fierté à pouvoir conserver à ma passion toute sa pureté en la reléguant dans les recoins les plus profonds de mon coeur. ma voisine ressemblait à une fleur de sephali mouillée par la rosée et tombée prématurément. trop pure et trop resplendissante pour la couche fleurie de l'hymen, elle s'était consacrée au ciel.

    Mais semblable à un torrent qui descend de la montagne, une passion ne se laisse pas enfermer au lieu de sa naissance ; elle cherche à se frayer une issue. c'est pourquoi je m'efforçais de traduire mes émotions en poèmes. mais ma plume rétive refusait de profaner l'objet de mon adoration. ".

  • L'auteur, dont toute la vie ne fut qu'engagement, évoque dans les quatre nouvelles de ce livre (datant de 1950) la lutte pour l'indépendance, les affres de la décolonisation qui s'amorce, le désarroi d'une société javanaise qui commence à se sentir «indonésienne», le drame de sa propre famille que les événements font éclater. Ces évocations se font dans un style simple et intense qui va à l'essentiel.

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  • Luxun (lu hsün, 1881-1936), par son talent d'écrivain autant que par son inflexible rigueur morale, domine de sa stature considérable toute la littérature chinoise de la première moitié du xxe siècle.
    Elaboré à partir de cours professés dans les années vingt à l'université de pékin, voici le premier, et magistral, essai sur l'histoire de la littérature de fiction en chine : genre des plus vastes, dont le développement et les ramifications sont étudiés ici depuis les anciens mythes et légendes, en passant par les historiettes fantastiques des six dynasties, les nouvelles et contes en prose classique des tang, jusqu'aux récits, histoires et contes en langue vulgaire des époques song et yuan et aux grands romans des ming et des qing.
    Ecrit en langue classique, cet ouvrage, que son auteur considérait avec une mélancolique humilité comme un simple jalon pour de futurs chercheurs, devint rapidement un classique auquel tous les spécialistes continuent à se référer. cela tient sans doute au fait qu'il fut pensé et rédigé de l'intérieur par un écrivain aussi perspicace qu'exigeant, par un pionnier, qui consacra des années de sa vie à étudier ou à traduire les oeuvres d'autrui, et qui fut lui-même grand découvreur et " repêcheur d'épaves " de la littérature des siècles passés.
    Aussi luxun, servi par une culture et une mémoire confondantes, n'eut-il qu'à suivre son instinct et son goût, et son livre est-il une passionnante mise en perspective des richesses vivantes, vers ou proses, classiques ou populaires, d'un patrimoine immense ! indispensable aux étudiants, ce livre, dont l'attrait est encore accru par des extraits abondants et variés de différentes époques, est traduit pour la première fois en français.

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